Les pédales automatiques divisent, elles n’ont pas leur place en famille

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Les pédales automatiques ont claqué sur le bitume froid, au bord du Lac de Madine, juste avant la petite boucle du matin. Je suis parti confiant, le vélo réglé, persuadé que le pied resterait tranquille. Sur les portions roulantes, le pied retrouve toujours la même place à chaque relance, et c’est là que j’ai été convaincu au départ. Puis le premier arrêt banal m’a remis à ma place. Je vais te dire pour qui ça vaut le coup, et pour qui ça devient un piège.

Comment j’en suis arrivé à choisir des pédales automatiques pour mes sorties avec le club

Je regarde d’abord ce qui me fait gagner en fluidité, pas ce qui brille en rayon. Je roule en Lorraine depuis longtemps, en couple, et plusieurs fois avec le club VTT local ; sur les longues portions de la vallée de la Moselle je cherchais un appui net. Je voulais sentir le pied calé, sans devoir le replacer à chaque relance. Sur une boucle de 11 km, cette sensation change tout dès qu’on enchaîne les petites bosses.

Le choix n’a pas été simple, parce que le budget du foyer m’a vite remis les pieds sur terre. J’ai regardé les pédales plates, les mixtes et les automatiques, puis j’ai comparé ce que des copains montaient sur leurs vélos. Les forums m’ont laissé une impression bizarre, utile pour les détails, moins pour décider à ma place. Le vrai sujet, pour moi, restait le couple pédales-chaussures, et le coût de départ montait vite dès qu’on ajoutait une paire compatible.

Je suis devenu sensible au petit avantage promis sur les montées, aux relances propres, et au pied qui ne bouge pas quand le terrain secoue. J’étais sûr de moi sur le papier. Le verrouillage me rassurait, et j’aimais aussi l’idée de progresser techniquement, avec un geste plus propre. J’ai surtout aimé l’idée de tenir plus rond sur les chemins cassants. Je ne pensais pas encore au moment où ce confort allait me compliquer la vie.

Le jour où j’ai compris que ça ne marchait pas en famille

Le premier vrai signal est arrivé devant un portail, sur une petite sortie tranquille près du lac. Ce jour-là, devant ce portail, mon compagnon de sortie et les copains du groupe se sont arrêtés net, et j’ai senti tout de suite que le moindre faux mouvement me mettrait en difficulté. J’ai voulu déchausser vite, mais le pied est resté accroché. Le vélo a commencé à pencher avant que le pied soit posé au sol, et j’ai rattrapé la chute de justesse avec la main sur le guidon. Le déchaussage trop tardif à l’arrêt m’a servi de leçon en une seconde.

Le problème venait aussi de moi. J’avais serré la tension au maximum, en pensant être plus à l’aise dans les passages cassants. Mauvais calcul. Le talon ne sortait pas assez vite, et je sentais un frottement sec au moment de tourner le pied. Ce qui m’a agacé, c’est que le geste, banal à l’arrêt du parking, devenait hésitant dès qu’un arrêt imprévu s’ajoutait au milieu d’un chemin. Je me suis retrouvé à regarder la pédale au lieu de lever la tête.

À force, le rythme de balade s’est cassé. Je passais mon temps à anticiper le prochain stop, le prochain détour, le prochain gamin qui repart à pied sur vingt mètres. Le plaisir s’est mis à reculer derrière la vigilance. J’ai compris, un peu tard, que le vrai piège n’était pas la vitesse, mais la suite de micro-arrêts qui s’enchaînent sans prévenir. Dans ces moments-là, je ne roulais plus pour avancer, je roulais pour ne pas tomber.

Le doute a pris de la place au retour. Je suis rentré avec l’idée de desserrer tout de suite, puis j’ai même envisagé de revenir aux pédales plates pour les sorties du dimanche. J’ai pesé le rendement contre la tranquillité, et le calcul m’a paru moins simple que sur le parking. J’ai fini par admettre que pour une balade où tout s’arrête trois fois en 500 mètres, le système me mettait une pression inutile. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Ce qui m’a déçu et ce qui m’a surpris avec ces pédales

Dans la vallée de la Moselle, après une sortie humide, la boue collait dans les cales SPD comme de la pâte. Le bourrage de boue visible dans la pédale, je l’ai vu en posant le vélo contre le mur du garage. Au redémarrage, l’enclenchement devenait mou, puis il fallait chercher la bonne position sans regarder la semelle. Le petit clic sec devenait plus sourd, et c’est le premier indice que je ne néglige plus. J’ai compris qu’une cale sale changeait le ressenti bien avant de bloquer vraiment.

La différence entre une cale propre et une cale fatiguée m’a aussi frappé sur un passage technique des Côtes de Meuse. Le clac d’enclenchement devenait moins net, puis un léger flottement latéral s’installait avant l’appui franc. Sur le moment, ça m’a déstabilisé, parce que le pied donne l’impression d’être accroché sans l’être vraiment. J’ai fini par regarder mes semelles après chaque sortie boueuse. Le bruit de grattoir de la cale sur le carrelage du garage m’a servi d’alerte plus d’une fois.

Je dois quand même reconnaître un vrai point fort. Sur les longues portions roulantes, le pied reste calé, et je me fatigue moins sous la voûte plantaire. Après 2 semaines, le geste du talon m’est venu plus naturellement, et sur une sortie de 3 km de faux plat je sentais la jambe plus posée. C’est là que les automatiques gardent du sens pour moi. Quand ça roule droit, sans pause, elles tiennent leur promesse.

La surprise la plus nette est venue en descente, quand j’ai voulu poser la jambe trop tard. Ce moment où mon pied est resté accroché alors que je voulais juste poser la jambe, j’ai senti mon cœur rater un battement. Le terrain n’était pas méchant, mais la chute aurait pu être stupide. Le ressort était encore trop tendu, et le déchaussage venait avec un retard minuscule, juste assez pour me déstabiliser. Depuis, je desserre toujours d’un cran avant une sortie où les arrêts s’enchaînent.

Mon verdict : pour qui oui, pour qui non

Pour qui oui

Je garde les pédales automatiques pour le rouleur solo, ou pour la sortie de 2 heures où je sais que je vais rester sur un rythme propre. Je les vois bien pour quelqu’un qui accepte d’apprendre le geste du talon pendant 2 semaines, puis de rouler sans faire dix arrêts par sortie. Elles me vont aussi quand je pars sur des chemins roulants autour du Lac de Madine ou dans les Côtes de Meuse, avec peu de marche et peu de demi-tours. Pour ce profil-là, le pied bien placé et le gain sur les relances font la différence.

Pour qui non

Je les laisse au garage dès qu’il y a des arrêts fréquents, des enfants à pied à côté du vélo, du sol gras, ou un parcours qui mélange portails, croisements et reprises à basse vitesse. Je les déconseille aussi au débutant qui veut rouler sans stress, parce que le premier déchaussage raté plombe vite la balade. Si tu dois couper ton effort 4 fois en 10 minutes, le système devient vite pénible. Les pédales plates, ou une solution mixte, me paraissent alors plus sereines.

Mon verdict : sur les chemins roulants de Lorraine, je choisis les automatiques pour les sorties où je cherche du rythme et un appui net. Pour quelqu’un qui accepte de régler la tension, de nettoyer les cales après une sortie humide et de rouler sans arrêts imprévus, elles restent utiles. Pour une balade en groupe avec pauses courtes, demi-tours et terrain boueux, je préfère les plates sans hésiter. Je les garde pour rouler, pas pour jongler avec les arrêts.

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