Emmener mes neveux rouler à Madine a changé mes exigences d’itinéraire

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Au bord du lac de Madine, le clac du casque a rebondi sur le gravier quand mon neveu a lâché sa gourde près du panneau de l’Office du tourisme de Madine. Je venais de vérifier mes gants, et mes deux neveux regardaient déjà la digue avec ce mélange d’envie et de fatigue qui annonce la suite. La sortie n’avait pas encore roulé quinze minutes, et je voyais déjà que le vrai sujet ne serait pas la carte. Ce matin-là, je suis parti avec une idée simple, puis le vent l’a tordue d’un coup.

Avant de partir, je pensais que c’était surtout la distance qui comptait

Je roule en VTT depuis assez longtemps pour reconnaître un terrain qui laisse respirer le groupe. Je roule aussi avec le club VTT local à Metz, le jeudi soir, et je sais ce que je tolère en solo. Avec mes neveux, je ne cherche pas le même effort. Je cherche une sortie qui garde un sourire au bout du guidon.

J’ai longtemps cru qu’une boucle roulante suffisait pour tenir deux gamins motivés. J’ai été convaincu par des sorties trop sages sur le papier, avec des arrêts improvisés dès le premier coup de mou. À Madine, je pensais tenir le rythme avec 12 km et deux pauses, point final.

Depuis mes années de VTT et mon travail, je sais que la carte ment quand le vent se met de face. J’avais lu des remarques sur le terrain roulant, le retour facile vers le parking, et la digue qui permet de couper court. J’ai donc imaginé une sortie simple, presque sans surprise, avec un café rapide et un goûter dans la poche.

Je suis parti avec cette logique-là, et je me suis vite retrouvé à compter les mètres comme je compte les minutes avant un arrêt. Mes deux neveux avaient l’âge où le moindre freinage devient un sujet, et le casque qui glisse d’un cran suffit à lancer une plainte. Je voulais surtout éviter les racines, les marches et les passages cassants, parce que je savais déjà qu’ils allaient me faire perdre du temps.

Ce que j’avais sous-estimé, c’était la facilité avec laquelle une boucle du lac se transforme en suite de redémarrages. À force de vouloir rester dans le roulant, j’avais oublié le froid près de l’eau, les mains qui se raidissent et les arrêts qui étirent tout. Sur le papier, ça semblait propre. Sur place, ça demandait déjà plus d’attention.

La sortie qui a tout remis en question, avec ses petits détails qui comptent

Dès les premiers mètres, le bruit sourd des pneus sur le gravier fin m’a servi d’indicateur, et ce jour-là le claquement de la roue libre m’a suivi comme un métronome. J’avais gonflé mes pneus à 1,8 bars, un peu trop pour ce sol compacté. Dans la première courbe, la roue avant a sauté sur trois cailloux, puis elle a cherché sa ligne dès que j’ai pris un virage un peu vite. J’ai tout de suite senti que le confort allait compter autant que le rythme.

Le vent de face a pris le groupe avant même la première portion ouverte. Le coupe-vent claquait de côté à chaque arrêt, juste au moment où on posait un pied à terre. Mes neveux parlaient moins, regardaient plus le lac, et je voyais déjà leurs mains revenir au frein arrière à la moindre relance. Le pédalage devenait haché, et l’humeur suivait le même chemin.

Au premier arrêt, on a sorti l’eau et un biscuit près d’un banc, à 20 minutes du départ. J’ai dû remettre un casque droit, puis resserrer une jugulaire d’un cran. Pendant ce temps-là, le froid venu de l’eau a coupé les épaules, et les deux garçons ont remis les gants en vitesse sans finir leur phrase. Je me suis dit que la pause avait déjà mangé plus d’énergie qu’elle n’en rendait.

Je me suis retrouvé à rouler derrière eux, pas devant. Un de mes neveux traînait avec le casque mal posé, et la roue libre faisait des petits à-coups avant l’arrêt sec. Le bruit du vélo changeait même au redémarrage, comme si la chaîne protestait contre chaque départ trop brusque. Le temps filait pendant que je refaisais une sangle, puis deux questions, puis une relance.

J’ai été frappé par la différence entre un passage roulant et un passage agréable. Sur les grandes bandes ouvertes, le vent de face plombe le coup de pédale plus que le profil du terrain. Je voyais mes neveux lever la tête, chercher de l’air, puis poser un pied au sol sans prévenir. À ce stade, la boucle n’était plus facile, elle devenait usante.

Le moment le plus net est arrivé quand les croisements avec les piétons ont cassé la file. J’avais oublié de repérer assez tôt l’endroit pour couper, et j’ai improvisé au bord du lac, entre deux groupes qui marchaient dans l’autre sens. Chaque freinage successif fatiguait mes mains plus que mes jambes. J’ai vu le groupe se tendre, puis se relâcher, puis se tendre encore, et la sortie a perdu son fil.

En fin de boucle, j’ai compris que la distance n’était pas le problème principal. C’était l’accumulation des relances, des pauses et du vent. Le matin me semblait plus court que le tracé, mais les enfants le vivaient autrement. J’ai rentré la dernière ligne droite en regardant déjà ce que je ferais différemment la prochaine fois.

Quand j’ai compris que ce n’était pas la distance mais l’énergie qui comptait

Le vrai déclic est venu quand un de mes neveux m’a demandé si c’était encore loin, alors qu’on n’avait même pas fini la moitié du tour. Je me suis arrêté une seconde, le pied dans les gravillons, et j’ai regardé la boucle autrement. Ce n’était plus une question de kilomètres. C’était une question d’énergie disponible.

Ce moment précis, quand un de mes neveux a demandé ‘c’est encore loin ?’ alors qu’on n’avait même pas fait la moitié du tour, a été un vrai déclic, un signal clair que ma logique basée sur les kilomètres était dépassée. Je suis rentré avec l’idée que trois redémarrages font plus de mal qu’un kilomètre. Pour remettre un casque, attendre le dernier, boire une gorgée et repartir, j’ai compté 47 minutes perdues sur une boucle qui me semblait courte.

J’ai alors changé ma façon de partir. Je réduis la boucle à 8 km ou 9 km, je laisse de la marge pour le retour, et j’annonce une vraie pause avant que les plaintes montent. Je baisse aussi la pression à 1,6 bars sur le vélo des petits, parce que le gravier leur renvoie moins de coups dans les bras. Le vélo devient moins sec, et je sens tout de suite la différence dans les virages.

Depuis, je roule plus lentement et je garde un œil sur l’heure, pas sur la moyenne. Je préfère un arrêt net sous un arbre qu’une improvisation au bord de l’eau. Sur cette sortie, j’ai compris qu’une sortie famille se gagne avant le départ, pas dans le dernier faux plat. Et je n’ai plus honte de couper court quand le groupe commence à décrocher.

Ce que je sais maintenant, avec le recul, et ce que je referais ou pas

Après cette matinée, je vois mieux ce que le terrain roulant apporte aux enfants. Mes deux neveux passent mieux un chemin propre qu’une trace cassée, et je les garde ensemble sans me battre avec des racines. Après une sortie avec le club VTT local, je peux aimer le rythme plus soutenu, mais avec eux je cherche autre chose. Je cherche une sortie qui finit encore avec des blagues.

Je ne referai pas un départ sans eau ni biscuit. Je ne gonflerai plus les pneus à bloc pour gagner un faux sentiment de vitesse, parce que la roue avant glisse vite dans les gravillons roulants quand j’anticipe mal un virage. Je repère désormais le point où couper avant même d’enfiler les gants. Quand j’oublie ça, je le paye en arrêts inutiles et en mine fatiguée.

Je regarde aussi le froid près de l’eau d’un autre œil. Une pause trop longue suffit à fermer les épaules, et les mains restent collées au guidon au moment de repartir. Sur ce genre de sortie, je préfère une pause claire et courte à un long stationnement qui refroidit tout le monde. C’est banal, mais je l’ai appris avec mes propres jambes et les leurs.

Pour quelqu’un qui accepte de rouler plus lentement, de couper court et de s’arrêter avant la panne de moral, le lac de Madine reste un terrain malin. Si la fatigue d’un enfant me paraît sortir du cadre d’une simple fringale, je laisse le pédiatre regarder, pas moi. Moi, je garde le souvenir du panneau de l’Office du tourisme de Madine, du vent de face et de cette boucle qui m’a appris à compter autrement. Je suis rentré à Metz avec moins d’illusions sur les kilomètres, et beaucoup plus de respect pour l’énergie d’un groupe.

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